Mission 2016/2017

Compte Rendu de la Mission La Falaise au Mali
du 27/12/2016 au 17/01/2017 par Adrian Rosner

Participants : Adrian ROSNER président de La Falaise,  Yves Le BARS président du CFSI et administrateur de La Falaise

En introduction, nous tenons de vous informer combien cette mission, qui fut une reprise avec le terrain et tous nos partenaires, a été bénéfique et riche en échanges. Lors de la mission d’Yves Le Bars dans la région de Kayes, à laquelle j’ai participé, nous avons pu apprécier les ressemblances et les différences du traitement de l’eau et de la santé publique dans les régions de Mopti et de Kayes, tout en considérant les différences géographiques, socioéconomiques et de population entre ces deux régions sahéliennes. Le CR de Yves Le Bars vous parviendra ultérieurement. Rappelons encore que l’activité de La Falaise se déroule dans la région de Mopti en pays Dogon.

I  MISSION SANTÉ

Nous avions 5 questions à poser à Oumar Traoré, promoteur de l’École d’infirmiers de Sévaré et au Dr. Moussa Saye, responsable de l’enseignement à la Direction Régionale de la Santé :

Quels sont les profils et l’avenir des boursiers à recruter pour le compte de La Falaise ?
Comment rendre les CSCom, centre de santé communautaire, plus performants, avec quel matériel ?
Quels sont les besoins en postes d’agents de santé et comment se font le recrutement et la répartition géographique des postes ?
Quelle est la politique de la famille ? Quel est l’état du planning familial ?
Comment résoudre le difficile recrutement des matrones ?

Rencontre avec Oumar Traoré, promoteur de l’école d’infirmiers Yoland Bresson.

Oumar Traoré (OT) a remis la direction de l’Ecole à son fils Alfousseini Traoré (AT). OT continue d’être  actif l’école. Il faut noter que l’état malien a choisi l’école de OT pour y faire passer la session d’automne 2016 de l’examen national d’infirmiers pour la région nord. Nous avons apporté à l’école des manuels de médecine et pour infirmiers, un ordinateur, des garrots et un tensiomètre.

L’école paye 620 €/an à l’hôpital de Sévaré et 86 €/an aux CSCom, pour recevoir ses stagiaires.

Bilan de 2005 à 2015 pour les élèves ayant terminé les études : 816 présentés à l’examen national, dont 610 reçus. Les recalés à l’examen national reçoivent un certificat d’études et comme les diplômés par le gouvernement, ils trouvent parfois du travail avec les programmes des ONG et avec la MINUSMA.

A Sévaré, nous avons eu une brève rencontre avec le directeur de l’Inspection Régionale de l’enseignement technique secondaire. Un examen parmi les profs titulaires, qui ont au moins 15 ans d’expérience, ouvre la voie à l’inspectorat, qui se fait par disciplines. Les établissements techniques privés se multiplient et sont beaucoup plus nombreux que ceux d’état.

Lors du voyage à pied entre Yendouma Ato et Bongo, nous avons recueilli deux demandes de bourses pour des études d’infirmiers. A suivre …

Mission 2016+2017 ecole sevare

Yves, Etienne K, O Traoré, Houreitou G, Adrian

Rencontre avec le Dr Moussa Saye, responsable de l’enseignement à la Direction Régionale de la Santé

Le Dr. Saye est également professeur à l’école de OT et président de l’Ordre des médecins de la région de Mopti. La Direction Régionale de la Santé couvre également les écoles privées, qui sont d’ailleurs bien plus nombreuses que les écoles d’état.

Tout d’abord il confirme que l’état veut élargir la couverture de la santé à toute la population au moyen des Agents de Santé Communautaire, ASC. Les ASC sont implantés dans les villages se situant à la périphérie de rayons d’actions des CSCom dont ils dépendent, dans des zones difficilement accessibles. Un ASC donne des Soins Essentiels de Santé (SEC), il fait des dépistages et en réfère au CSCOM, qui transmet le cas échéant à l’hôpital de référence. L’ASC traite les cas du simple palu (goutte épaisse), de la malnutrition et de certaines maladies respiratoires. La formation des ASC se fait en 2 semaines et ils partent avec un « Paquet de premier secours » limité à ces soins essentiels. Leurs moyens de locomotion sont personnels. Le recyclage des Paquets anciens est fait régulièrement.

Rencontre avec le Dr Abdul Karim DOUMBIA, nouveau Médecin chef de l’Hôpital de Bandiagara

Le Dr. vient tout juste de prendre la suite du Dr Kouyaté. Présentation de l’activité de La Falaise et des rapports avec ses prédécesseurs. Nous lui avons apporté deux ouvrages de médecine, qu’il avait demandés.

Dans la ligne de la nouvelle politique de la santé, le Dr Doumbia considère que les matrones devraient exercer uniquement pour le lien social dans les CSCom reculés. Il estime qu’il faut former du personnel mieux qualifié. Malheureusement, il arrive que les infirmières fassent faire leur travail par les matrones, quand elles exercent ensemble, ce qui est regretté.

Prochainement sera mis en place un nouveau système de collecte d’informations (DHIS) dans les CSCOM.  Le ministère de la santé essaye de sensibiliser la population aux avantages de la planification familiale et des mesures à respecter pour avoir des enfants en bonne santé. Pour cela il y a des personnes chargées du développement social. Il rappelle le rôle des ASC pour les soins essentiels pour la communauté (SEC).

A l’hôpital, nous avons également rencontré les Dr. Samaké, nouveau responsable des ASC et le Dr. Moussa Diarra de l’hôpital privé de Kamba (où exerce A Dougnon, ancien boursier, qui a reçu cette année un tensiomètre de La Falaise). En août 2016 il y a 44 ASC dans le cercle de Bandiagara. Les ASC sont sous la coupe des districts et des régions. Ils sont payés par le fond PSI, Population-Santé-Internationale, sur l’initiative de l’UNICEF.

Le Dr. Diarra est très content de A Dougnon, infirmier au bloc chirurgical de Kamba, ancien boursier de La Falaise. Le Dr connaît de réputation d’autres anciens boursiers de La Falaise.

Rencontre avec le Dr Issa Sanogo Directeur Adjoint de la Santé de la région de Kayes

Il est en charge de la planification. Etait également présent de Dr Théophile Coulibaly chargé de la nutrition. Le recrutement dans la fonction publique est fait par l’état et par les collectivités locales. Mais le secteur privé embauche aussi.

Il confirme que les fonds PPTE n’existent plus. Il confirme aussi que la politique de santé de l’état est menée de front par 3 ministères : Santé et Hygiène publique, Développement Social et Promotion de la Femme. Le tout, selon les objectifs d’un plan quinquennal, est patronné par la Direction nationale des ressources humaines.

En réponse au constat que nous faisons sur l’aggravation de l’hygiène publique (montagnes de déchets partout, surtout dans les zones urbaines), il donne en exemple l’activité de quelques GIE, qui distribuent des poubelles aux familles et moyennant un ticket font le ramassage.  Le traitement des déchets n’existe pratiquement pas, l’incinération sauvage reste la règle.

Les objectifs du planning familial ne sont pas atteints. Malnutrition = 8,4%, et régionalement, villes et campagnes = 10,1%.

Les différents projets avec les partenaires se pratiquent sur 3 niveaux : prise en charge du curatif, sensibilisation pour le préventif et promotionnel avec des animateurs. La tendance de médicalisation des CSCom est de nouveau confirmée, mais à nous, elle nous semble lointaine. Concernant les ASC, l’état localise les destinations et à terme les collectivités locales prennent en charge le financement. Les régions de Kidal et Sikasso sont en pointe en ce domaine, situation politique oblige.

Visites de 2 CSCom de la région de Kayes (visites organisées par le GRDR)

Les deux établissements, le CSCom central de la ville de Kayes et un CSCom de campagne, sont bâtis sur le modèle traditionnel (datant de 2001). Celui de campagne est aussi bien équipé que les CSCom du pays Dogon, c’est à dire de manière rudimentaire.

Le CSCom du centre ville est en cours d’agrandissement sur fonds d’une ASACO dynamique, qui assure le financement global, et il est dirigé par un médecin. Il possède un appareil de radiographie et un d’échographie, qui ne restera peut être pas dans le CSCom. Y font aussi office 2 sages femmes. La chaine du froid est bien assurée. Un système de ticket mensuel de consultations est en place : 1200f / mois (1,85€). Ce modèle tend vers celui de la Mutualité française.

Ce CSCom fut conçu en 1993 avec les jeunes du pays, après la fin du régime de Moussa Traoré. Dans l’euphorie du moment les cotisations sont arrivées bien avant la construction du CSCOM. Les jeunes migrants et des français ont participé à la mise en place d’un GIE de Santé. Le président de l’ASACO de Kayes confirme la problématique du recrutement de personnel de santé et les difficultés avec la Direction Régionale de la Santé.

Le CSCom de campagne, non loin de Kayes, près du célèbre fort de Médine, était vide et la visite fut guidée par un stagiaire. On y pratique 6 accouchements/mois, contre 100/mois dans le CSCom du centre ville. La peinture est fraîche tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais l’impression de vide domine.

A Kayes et sa région il y a 80% des CSCom qui sont dirigés par des médecins.

Autres Visites organisées par le GRDR (groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural)

Le GRDR fait depuis près de 40 ans un travail de structuration sociale et économique dans le sens du développement rural et de l’éco-agriculture. Il assure un lien social à tous les niveaux de la société y compris avec les migrants restés à l’étranger ou revenus. L‘activité du GRDR est étendue à la Moyenne Vallée du fleuve Sénégal sur les territoires du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie. Voir CR d’Yves LB-CFSI  pour détails.

ACARE SIDA à Kayes, avec l’équipe du Dr Band

Ce centre comprend une unité de soins et une équipe de terrain pour l’accompagnement. 560 patients en cours. 15 animateurs-dépisteurs issus du « milieu », dont 5 femmes. Financement par le Fond Mondial et US Aid. Dans les missions de terrain du GRDR, les gens de ACARE accompagnent. De 2012 à 2016 progression des cas de sida, de 0,7% à 1%.

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Panneau pour la prévention du sida

Institut de Formation Santé, école d’état d’infirmiers

Le Dr Hamidou Touré directeur confirme les dires des autres professionnels. L’état et les collectivités recrutent le plus de fonctionnaires dans les domaines de la santé et de l’enseignement. Les infirmières obstétriciennes, qui partant avec le DEF (BEPC), sont préférées aux sage-femmes titulaires du bac qui sont payées plus cher. Une uniformisation des études de santé sera menée au niveau de la sous-région.

AMRK, voire CR d’Yves LB
Radio Rurale de Kayes, voire CR d’Yves LB
Agro-écologie avec Ibrahim Sarr, voire CR d’Yves LB

II  MISSION EAU SANITAIRE EN PAYS DOGON

Ces projets concernent des villages classés au Patrimoine Mondial par l’UNESCO.
En route pour Yendouma Ato, avec Ali Dolo maire de Sangha et Mouktar Kassogué médiateur social pour l’ADESAF, nous avons fait un court arrêt à Sobanou du Haut, hameau de culture sur la dune, à 20 km de la falaise. Nous buvons l’eau du nouveau forage actionné par une pompe à énergie solaire. Les villageois ont manifesté leur contentement pour ce nouvel équipement.

Reconnaissance du site à Yendouma Ato, sur la demande de Ali Dolo, maire de Sangha

Yendouma Ato est un village haut perché qui bénéficie d’un puits situé en contre bas. L’association ADESAF projette une adduction d’eau et l’installation d’un château d’eau sur une colline située entre le forage déjà réalisé dans la plaine par UNICEF-Japon, et le bas du village. Nous avons mesuré les différences de niveaux et nous constatons la nécessité d’installer au milieu de la montée de l‘adduction d’eau un suppresseur qui fonctionne à essence, ou une pompe actionnée par des panneaux solaires. Le choix sera fait par le maire de la commune rurale et l’ADESAF. Nous serons chargés de l’habillage du château d’eau pour qu’il se fonde dans le paysage.

Construction d’un bassin de retenue d’eau de pluie à Youga Piri

Cet ancien projet, menée depuis 2008 par La Falaise et Génie Urbain Sans Frontières, avait été interrompu par les troubles politiques intervenus au nord du Mali. En décembre 2013 nous (AR et YLB) étions retournés à Youga Piri pour valider le choix des deux sites déjà retenus avec les villageois.

Cette fois, nous avons retenu avec les villageois une nouvelle implantation du projet, plus facile pour la construction car en terrain apparemment plat et très bien situé. Construction par conséquent moins onéreuse. Il s’agit de récupérer le trop plein d’un bassin existant, parfaitement situé en haut du village. Le bassin projeté pourrait avoir une contenance de 140 m3, soit une réserve d’eau supplémentaire pour un mois et demi à deux mois, selon la gestion à mettre en place par les villageois.

Calcul de la consommation d’eau sanitaire : 80l/famille/jour x 30 « grandes familles » = 2400l /jour x 30 jours = 72 000l /mois. La gestion de la consommation sera faite par les villageois.

Dans le cadre du partenariat, les villageois doivent casser les pierres sous la direction d’un maçon, remonter de la plaine les sacs de ciment, les fers à béton et le sable, dénivellation de 180m dans l’éboulis. Nous avons commencé à estimer le coût de la construction avec des entrepreneurs locaux. D’ici l’été nous pensons approcher le coût global, en tenant compte des découvertes géologiques du début du chantier, dans ce terrain d’éboulis. L’estimation tourne autour de 12 000€.

Un mot de conclusion

Depuis 2011 le Mali vit une situation de guerre par intermittence avec des soubresauts réguliers et violents. Cela a fortement dégradé l’économie générale du pays, dégradé la qualité de l’enseignement (les enseignants ont quitté les zones en danger permanent) et entièrement effacé l’économie touristique. Celle-ci, avec les emplois directs et indirects, était un appui considérable aux populations les plus pauvres et les plus dépendantes des aléas climatiques récurrents du climat sahélo-saharien.

L’accès aux soins de ces populations a enregistré une forte diminution. Parallèlement, des montagnes de déchets ont couvert des zones urbaines et périurbaines. Les villages ne sont pas plus épargnés par cette situation calamiteuse de l’hygiène publique. Par conséquent, l’activité de La Falaise devrait se renforcer rapidement et les nouveaux contacts avec nos partenaires pourront assurer l’efficacité de notre appui. N’oublions pas que La Falaise agit dans un territoire ou la population est l’une des plus déshéritées d’Afrique, territoire élu Patrimoine mondial par l’UNSECO.

Enfin, il faut mentionner ici un exemple de travail collectif pour l’hygiène publique dans le village Dogon de Kalibombo, situé à 5km de Bandiagara.

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Crédit photos : Adrian Rosner et Yves Le Bars